Laissons la musique faire ce qu'elle fait de mieux: nous connecter

Toutes les activités sociales ou presque sont régies par des règles propres qui déterminent la façon dont nous entrons en relation les uns avec les autres : la façon d’apostropher un serveur au restaurant, de se comporter et de s’habiller pour assister à un enterrement, de communiquer avec les usagers de la route dans la circulation…. Nous savons quelle est l’attitude socialement souhaitable dans telle ou telle situation et nous attendons qu’il en soit de même pour tout le monde. Nous alignons ainsi nos comportements les uns sur les autres, ce qui augmente les chances de nouer une relation en étant tous « sur la même longueur d’onde ». 

Il en va de même pour les concerts. Assister à un concert est une activité sociale régie par des règles et des usages propres qui guident la façon dont les spectateurs entrent en relation les uns avec les autres, avec la musique et les artistes. Tous les genres musicaux ou presque ont ainsi leur propre série de « do’s and don’ts » qu’il convient de respecter. Lors d’un concert de musique classique, il est par exemple hors de question d’applaudir l’orchestre ou le soliste entre les mouvements d’une œuvre majeure, alors que le public d’un concert pop sait souvent très bien à quel moment il peut laisser s’exprimer son enthousiasme par des cris ou des applaudissements. Lors d’un opéra ou d’un set de jazz, nous nous attendons à des applaudissements discrets après un aria interprété avec brio ou une improvisation solo impressionnante. Les applaudissements, le dress code ou le format sont autant d’éléments qui sous-tendent le cadre social d’un concert et la façon dont nous le vivons. 

Il est bien sûr réconfortant de savoir que les amateurs d’un même genre musical se sentent en connexion les uns avec les autres grâce à l’existence de ce cadre. Il convient néanmoins de nous demander dans quelle mesure nous n’en sommes pas parfois prisonniers. Les non-initiés ou les curieux peuvent ainsi hésiter à découvrir un genre qu’ils ne connaissent pas car ils sentent qu’ils n’en maîtrisent pas les règles du jeu. En outre, certaines conventions peuvent être à l’origine de préjugés à l’égard de la musique qui y est associée. Quant à un certain public initié, il risque fort bien de rester toujours dans sa zone de confort, en mettant même son esprit critique en veilleuse, ce qui lui laisse peu d’espace pour faire de véritables découvertes et se frotter à des genres nouveaux. 

Nous devons toutefois ne pas perdre de vue que ces règles et ces conventions sont toujours relatives. Dans le monde de la musique classique par exemple, elles évoluent en permanence. Ainsi, du vivant de Beethoven, le public pouvait parfaitement applaudir à la fin d’un mouvement, tandis que Wagner avait cela en horreur, raison pour laquelle il ne voulait pas que les lumières se rallument avant que la dernière note soit jouée. Aujourd’hui, de nombreux musiciens classiques semblent être moins heurtés par les applaudissements entre deux mouvements. L’on voit en outre se multiplier les nouveaux formats expérimentaux qui redéfinissent les contacts entre les musiciens et la salle. 

L’on ne peut que se réjouir de cette remise en question de nos habitudes dans une société extrêmement diversifiée comme la nôtre, faite de nombreux sous-genres et sous-cultures. Ce questionnement est propice à la création de nouvelles conventions, plus inclusives, qui permettent à chacun de vivre intensément un concert. Dans le même temps, il est salutaire que de nombreux genres musicaux aient ainsi la possibilité de se réinventer en laissant à la musique le soin de « connecter » la salle. Enfin, l’art nous appelle surtout à porter un regard nouveau sur le monde et peut faire émerger des alternatives, en jouant avec les schémas attendus. Jeter par-dessus bord les conventions sociales permet de revenir à l’essentiel. 

Cette année, le Festival Kortrijk se propose de rompre avec les règles et les schémas attendus que nous associons à certains formats de concert ou genres musicaux. En expérimentant de nouveaux formats mais aussi l’hybridation des genres, cette nouvelle édition du festival entend se recentrer sur la véritable connexion qui se noue entre le public et les artistes grâce à la musique, sur cette communion qui nous fait tellement du bien et qui transcende les conventions. Autorisez-vous à explorer de nouvelles voies, sans crainte aucune : nous vous offrons un espace confortable pour découvrir ce que le festival vous réserve. La musique fera le reste ! 

Maarten Boussery, metteur en scène à l’Opera Ballet Vlaanderen